13. Etherangoisses (1975)



ETHERANGOISSE I

(De l’écriture automatique comme thérapeutique à l’angoisse aéronautique)

Je te mangerai
comme
un gâteau d’or entre les nuages et la proie des os

je te ferai faire des tours en ballon
comme
on n’en peut plus quand le coeur s’en va

je te ferai voir avec mes images les tréfonds du corps
où la pulpe boit
et nous poserons des langes d’aciers sur le bord étroit
de tes hanches roses

avec les sentiers des Arizonas on fera des poudres à n’en plus finir

je te mangerai
comme
une damnée de part et partout par la bouche close
et je cracherai tes pépins rouleurs sous la ligne bleue
des papeteries

on s’envolera sous la mer immonde et de vague en vague
et de coque en pâte
on retournera les mondes les mondes
on retournera les mondes sucrés

de rage et d’amour on se gonflera
on se gonflera le vent sous les joues
la tranche d’agneau coupée de molochs
des mammouths en bois qui n’ont pas crevé
la neige d’orbite
les pupilles blondes

on pourra cracher sous les tabourets dans les verres épais de palme incongrue
les estaminets des gendarmes verts trembleurs de matraque au dessus des noix

le chemin d’enfer est clouté de flammes
d’amours éperdues quand le temps secoue les pommes et les poires
avaient la cholique et sans dire un mot
par le crépuscule
les violons muets m’ont tiré des larmes
et le pus désert des pattes d’oiseau a fait la grignote à mes appétits

les petits d’amour et les chênes blondes ont pesé sous terre
la faim de la race
et de jour en nuit d’aurore en crépusque ont chanté l’accord des désuétudes

je ne voudrais pas chanter mon amour sans prendre tes doigts
entre mes horreurs
mes songes d’hiver et mes boîtes rondes au fond des triangles
en sapin de feu
l’émeraude agile a creusé la mort à coups de marteau sur les ongles mous

la chair mes amis ne fait pas le poids quand la guerre descend
sans qu’on s’en soucie
sous les ailes blanches de notre colombe dessinée partout avec des crayons
avec des couleurs et des arcs-en-ciel
jusque sous l’orage des pôles agoniques écriture criture
mon automatique
avecque trois balles dissous dissoniques
je fais des roulettes sur les places en pierre
de Londres à Levens
en criant six fois mes gelures habiles peintes avec les bombes
de plastocrylique

il fait froid dehors et chaud dans mes bourses

on fera l’amour à tous jets d’éponge sur les lèvres en drap et la gorge plate
trois fois cinq font mille et mille raisons de vivre avec elle
une colonie de couverts décents sous ses jupes en fente
et ses dentellières

on pourra souffler des ballons d’Alsace et des apprentis à vivre
huit fois

tant que les chevreuils tailleront leurs branches
on fera la route avec irraison semant des cailloux de feuille en fougères
l’oeil dans le climat des continentaux
et le sécateur à portée
de rage
on renversera la vapeur encore et la truffe rouge et le gras du cou
rond de jambe et puce en saut de baiseur

on pourra toucher la semence idole et la camomille en purée de pois

la bâche couvrait les corps lacérés de lame en carton
prisonniers du fou

moines déloyaux
je prendrai le temps de vous tonsurer
comme
les biquettes
et nous bêlerons les psaumes sériels à force d’amour et de pamoisons

pauvres romantiques oubliées des armes
et la politique et la chrestienté
et la machaison des poulpes sordides

avarice à part et mouton de purge
on a vu Villon détourner les astres avec un bâton et quelques écus

la magique engeance et le pain complet me feront vomir les précieuses voies
cachées dans le sable et les cotons-tiges
et la poudre aux sens à l’eau de rocher
me fera sombrer
comme

une Appalache qui se pose en crème sans un trait de frein


vendredi 14 mars 1975