16. Abécédaire (1977)



E

Evohé
évohé

les bacchantes assaisonnées
girandolent sous les astres

elles sont toutes femmes étiques
de gros gras et de balourds

elles sont toutes noires grisées
avec poches et puis paniers
de violettes et de Bourgogne

elles sont coutumières ivrognes
de tous les estaminets

brise-glaces terrifiques
quand leurs ailes font charrue
dans la sciure des guinguettes

et leurs plumes sanguinolent
comme une jonchée d’esquilles
à la taille des morceaux

et leur coeur comme un esquif
tangue et bat dans les rouleaux

fait de la mousse écarlate
sèche et cache ses escarres

pleure des grappes d’escarboucles
des clichés érugineux qu’illuminent dans la nuit
sur son rocher de sirène
le phare vert
de l’espoir
erratique

mais la mer
et ses creux
s’évaporent
c’est un erg à la place
qui crisse
sous les dents et qui raye la chair
épulie
épelée
épulide épluchée dans la bouche

et pendant que les sables bourdonnent
à l’ouïe écaillée des équilles
les bacchantes s’enfoncent sous l’eau
du mirage aréneux qui les gave

et elles crient aux épreintes qui grattent
le canon tubuleux de leur cul
et elles prient le sosie de Jésus
de rouler sur leur langue une hostie
comme un gage et puis même
comme un signe
une épiphanie

et les femmes envolées dans les vents volatiles
chargent sous leurs paupières des croissants de charbon
brisent à coups de goulots les barreaux d’épinette
tracent avec leurs ongles or des traînées de comètes
épierrent du bout des dents les cimetières cosmiques
enfourchent l’endriague à la verge lactée
pour bondir au dessus des barrières galactiques

et crever le soleil avec leurs seins épées
ébranler les étoiles
avec
le souffle enchifrené
du troupeau des ménades

du bordel
ailes et grottes
feu d’émondes
rêves ronds d’horizons émétiques
rives embues

prés de sang et de soie de l’embouche
pour le champ et la foi de la souche
déchirée comme au ciel les chapeaux
la saillie indigo
l’embellie

et l’amour de ces dames a gelé
merde
à l’embâcle du fleuve une poche a grossi
morne
et dessus sur l’écume une étoile foudroie
l’hemme

et dedans dans son crâne une ellébore élie
la grimace animée du cauchemar qui crie

et la clé du matin dégringole sur elles
mes bacchantes mangées dans le jeu des lumières

elfes
flammes
fées
femmes

vos hanches vont rouler dans les bris de mémoire
avec les secrets forts
dans le fossé doré ou croît l’Eldorado

vos hanches sont marquées des dents de l’égoïne
et la nuit qui barbouille jette dans vos cheveux
l’effraie

et des larmes ont laissé sur vos joues de la lie
un rideau d’effondrilles

la douleur a fêlé le galop de vos corps
et semé sous vos nuques la belle écholalie

aimez-vous
aimez-vous

et les eaux-vannes ont englouti le tout


jeudi 5 mai 1977

A
B
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F