17. Abécédaire (1977) (suite)



L

Le baiser de la lune a fauché
l’eau lustrale atlantique
et la vierge moisie du naufrage
crie

un lupus baguenaude à sa bouche
dans l’effroi de la nuit qui l’enlace
et l’écume à la vague est un flash
mou

elle blanchit le cerceau de la montre
à la barbe bouchon des ténèbres
et l’aiguille amenuise l’heure noire
aigre

le ciel a l’oeil luni-solaire
les lucilies pondent aux orbites
des yeux séchés dans les canots
l’oeuf

les mouettes affalées sur les plaies de l’épave
glougloutent son sang vert d’algues anaérobies
toutes rondes à l’horreur des ogres lucifuges
crac

le lougre est temps rogné par le sel et les becs
que les gouffres marins dégueulent à ses vestiges
l’abîme n’en veut pas pour un oubli aqueux
bah

les cadavres dedans de louchons
les dacavres dedans de lottas
les vacadres dedans de lorettes
acres

et les fioles dans la cale de loochs
et les balles imbibées de longottes
pourrissent dans l’air et dans l’or
pur

un fou frappé par le soleil
pouffe ses joues de logorrhées
il a du loess entre ses cuisses
maigres

monsieur Machair à la misaine
roucoule des ré tyroliens
et son chapeau plume en loden
croule

un cul de jatte locomobile
balance à vue son tronc brûlé
les boeufs aveugles dans la soute
meuh

un pampero de Patagone
voit l’horizon de ses llanos
et des drapeaux de limousine
flottent

la fée marine mord un limon
gravé dans l’arbre de la terre
et le jus jaune fait des traces
blettes

la canicule écache l’homme
défait sa peau son coeur son sang
c’est une jupe de limon
bis

un feu de paille dans les joues
le capitaine et sa coquille
défient les verges limicoles
grrr

cauchemar d’orbes et de lanières
chemises d’os lèvres de verres
les limbes ont fait de la bouillie
bleue

derrière l’écorce du ligot
une étincelle a pris le vent
et l’air d’un feu de plan liquide
lourd

les lierres craquent à l’étuvée
la samba fait danser la mer
libelles et falbalas s’envolent
vite

trois lévites en font centre
deux léontines d’or s’effondrent
un jeu de mots gros se noie
help

les doigts de Dieu de la gangrène
fourrent au museau des tourbillons
des griffes et des stries léonines
rousses

et le mouroir reflète les lémures
sans poids délestés de leurs formes
retombées goutte à goutte au fond de l’origine
elle

un mousse est revenu décharné du supplice
le corps crasseux saigné au blanc d’un lèchefrite
épouillé dans l’écrin d’un lazaret horrible
rare

des étoiles ont cerclé ses cheveux de sirène
collés de gels d’angoisse et de lavures
et des larmes de job ont cassé ses paupières
floues

un affreux trou dans sa mémoire
fouille sa face épouvantée
où fond l’écho de ses hoquets
secs

il a des seins lanugineux
il a des joues de lanoline
il a des bézoards lanices
il

c’est le berger saoul des lambruches
c’est le miracle inframarin
la faune unique des abysses
borgnes

un lack d’images écaille l’homme
son front bourdonne avec les morts
un ange accroche le laguis
clac

le cou de l’enfant dans le lacs
comme une bête étreint le ciel
ses mains palissent dans la nuit
raide

un champ de lacryma-christi
fripe ses grain juteux de vie
la cendre émousse les douleurs
pis


jeudi 2 juin 1977

G
H
I
J
K
L
M
N
O
P