19. De la nuit à l’aurore (1977)



IVRESSES

Une goutte de vin prend le chemin des veines
comme une bouche à peine tire le pompon d’un sein
et l’homme gris enterre son image de chute
dans la capuche sale qui cache ses cheveux

à la place une fée gribouille des faveurs
du pis de ses étoiles au bout de sa baguette
et des pommes de sang poussent dans ses mâchoires
comme un boulet de feu dans l’orage et le vent

sa bouche devient folle au dessus des chapeaux
des bourgeois à moustaches et pipes vaniteuses
et ses poumons de chaux crachent des cumulus
qui rouillent sous la lune ivre comme un pendu

ses genoux de gravier oublient les pénitences
et ne se frottent plus au coin des caniveaux
tout son corps est debout comme un poulain léché

et sa tête s’en va dans un ouragan noir
à mille milles à l’heure des crimes de minuit
vers une arène d’or où les silences crient

et l’alcool aux flambeaux éclaire les cages d’ombres
et l’acide aux visions échafaude la mort
belle comme une femme habillée de poussières


mercredi 23 février 1977