19. De la nuit à l’aurore (1977)



AUTOROUTIERE DU SUD

I

Autoroutière du Sud
lune au bout du bitume
le soulier du plancher
les dizaines qui roulent

fantômes de terre-pleins
éclats de bas-côtés
mitraille de traits jaunes
paupières tétanisées

épaves du néon
campagnes charbonnées
crachats de papillons
les vitres dégoûtées

la route cheminante
les cambouis souffle gomme
la nuit lâche ses griffes
au carrefour du sang

le hublot roux du ciel
se fait manger le ventre
et dans les champs de suie
l’éponge de dieu passe

le nez la langue trempent
le lait du bol et mouillent
de froid de blanc la bouche
d’effroi que l’aube couche

II

Autoroutière du Sud
flamme au bout du bitume
raie d’horizons dorés
arène rouge et douce

flambée de pipes jaunes
fanée de marie-jeanne
langues d’affreux mirages
le jour putain t’embrasse

étraves de guimbardes
campagnes déterrées
haillons d’insectes plats
le jour lavé t’héberge

trois kilos de peyotl
bouent dans le réservoir
et la cervelle came
au carrefour du sang

le caillot roux du ciel
accroche des trous pâles
et les hommes de bois
grésillent dans sa croûte

le feu des anges fuit
de l’autoroute ascète
au seuil éclaboussé
des alcôves burlesques


vendredi 4 février 1977