3. Cris (1970 – 1971)



LA RODEUSE

La mort rôde partout

avec ses pieds de caoutchouc
avec ses griffes de velours

dans les couloirs sans bruits
dans les chambres malades

la mort roule et s’enroule autour des doigts brisés
dans le sable désert des étreintes jaunies

la mort pose sa bouche sur la flamme arrondie
sur la femme alanguie

la mort couche les rêves sur le dos d’une pierre
et fait de la poussière avec un peu de temps

la mort coule son corps sous la peau déroulée
sous la langue déliée

enveloppe la terre sous un chant de baisers
glacés dans les caveaux

défait la vie jetée

partout un tas de poudre
s’étire sous le vent se gorge d’eau de pluie

partout un tas de boue

la mort fige la vie
dans une éternité à ras de nos semelles

habitue notre empreinte sur le lit des sentiers
à caresser la mort au ras de notre peur

la mort coupe et découpe ses cartons de faire-part
avant de nous pencher au fond de son oubli


octobre 1971