30. Aurifère (1981)



UN MOT BANAL C’EST

Je t’aime un mot banal c’est
entre un passage et un clouté
fais-moi voir ton grain de café
moulu mon corps dans ton panier

je t’aime à l’heure de m’en aller
le train s’en va vers les contrées
désertes à l’homme et aux baisers
j’essaierai de ne pas geler

je t’aime avec mon colt à raies
trois balles dans le mille et fichées
dans ta peau comme un stérilet
le sang de ton coeur est violet

je t’aime un peu comme un péché
la honte au cou comme un collier
l’idée te viendrait de serrer
pour voir jusqu’où je peux t’aimer

je t’aime un mot banal c’est
de la tisane à avaler
montre-moi ton toubib privé
j’ai envie de me faire soigner

je t’aime à l’heure de me taper
le cul parterre sur ton palier
jusqu’où l’amour va se nicher
j’essaierai de ne pas pleurer

je t’aime avec ma voix ratée
des tas de fois elle est tombée
à plat sur ta bouche marquée
du sceau de ton coeur en gravier

je t’aime un peu comme un noyé
la mer au fond va me cacher
l’idée te viendrait d’y fouiller
pour voir jusqu’où je suis allé

je t’aime un mot banal c’est
entre un naufrage et un sauvé
fais-moi voir les fruits du pommier
foutu paradis envolé


1981