30. Aurifère (1981)



TURPITUDES I

C’est une ville où la pierre a
l’allure d’un vieil imperméable
et tous ces tuiles et ces toits
présentent des coulées cinabres

au fond de la rue cul-de-sac
un gars s’acharne avec sa hache
sur la peau molle d’un obstacle
le sang ruisselle a le goût âcre

affres
éclabousse la palissade
plein cadre
toubib pincez-lui des agrafes

le blessé femelle extravague
et tapote en pleurant ses plaies
ses tétines monumentales
à demi pressées sous les palmes

elle a des cheveux de scalp
et les hanches d’un catafalque
ah Fantasme là sur l’asphalte
voudrait bien lui clouer la valve

ah lui jeter du feu aux jambes
mais la fille déjà va l’amble
sur les pavés bleus et se cambre
en offrande à son dieu proclame

je serai votre cul de lampe
mais la dame sent le merlan
et Yahvé doit se faire violence
pour y enfouir d’un coup son ancre

et c’est la fièvre sarabande
et sarbacane et barbacane
font briller le regard des anges
mais le remords du Père l’étrangle

et la femme vomit sa langue
tandis que les vierges se branlent
avec la foi des saltimbanques
sur le décor sanguinolent

l’amour est l’étoile filante
qui meurt dans le fond du ventre
le con rosé est la trappe
dans quoi notre âme se diapre
tapez du pied dans le cloaque
du rimailleur démoniaque
frappez avec la matraque
Patrick Wack

c’est une ville où la pierre a
l’allure du marbre


1981